Il y a 150 ans, Charleval ravagé par la guerre

Culture

« Après l’invasion prussienne, il n’y a plus de malheur possible. Ce fut le fond de l’abîme, le dernier degré de la rage et du désespoir. » Gustave Flaubert

Dans l’ombre de 14/18 et de 39/45, la guerre de 1870 qui opposa la France à l’Allemagne, fait figure de grande oubliée. Et pourtant, rarement une guerre n’aura eu autant de conséquences. Moment fondateur de l’histoire européenne, le conflit a profondément modifié le climat politique et diplomatique du continent, entrainant la naissance de l’Allemagne, la Révolution de la Commune de Paris (première révolution ouvrière) et la constitution d’alliances qui déboucheront 44 ans plus tard sur la Première Guerre Mondiale. En France, il entrainera la chute du Second Empire, la proclamation de la République et la perte de l’Alsace Lorraine.

Parti des bords du Rhin en juillet 1870, c’est après la défaite française de Sedan que la guerre va traverser toute la moitié nord de la France, pour s’achever en Bretagne et sur les bords de la Loire en janvier 1871. Au milieu de ce désastre national, la vallée de l’Andelle fut d’octobre à décembre 1870 l’un des théâtres de cette guerre.

Rarement, guerre n’aura eu de conséquences aussi énormes, et de causes aussi dérisoires. Suite à un banal accident diplomatique entre le Roi de Prusse (un état du nord de l’Allemagne) et l’ambassadeur de France, les opinions publiques des deux pays s’enflamment. A Paris comme à Berlin, les manifestants réclament la guerre. De chaque côté, les gouvernements comprennent le bénéfice interne que l’on pourrait tirer de cette guerre. A Paris, Napoléon III souhaite raffermir son pouvoir et redorer le prestige de l’Empire. A Berlin, Guillaume 1er et Bismarck, son chancelier, espèrent réaliser l’unification de l’Allemagne, en coalisant les états allemands contre la France.

Quand il déclenche cette guerre le 19 juillet 1870, Napoléon III, Empereur des Français, est certain de remporter une victoire rapide sur la Prusse. Le général le Bœuf, son Ministre de la Guerre le lui a certifié, « Il ne manque pas un bouton de guêtre à nos soldats ». Pourtant, dès les premières batailles du mois d’août, la guerre tourne nettement à l’avantage des Allemands. Rejoint par les royaumes de Bavière, du Wurtemberg et de Saxe, les Prussiens écrasent l’armée française.

A Wissembourg ou Frœschwiller les Français sont mis en déroute. A Reichshoffen, la cavalerie française est anéantie. Dépassée en nombre, mal encadrée et moins bien équipée, l’Armée du Rhin s’enferme dans Metz ou elle est encerclée par les Allemands. Le 2 septembre 1870, Napoléon III, venu la secourir est à son tour battu puis capturé à Sedan.

A paris, c’est l’effervescence et le 4 septembre, Gambetta proclame la République. Un gouvernement provisoire est nommé pour assurer la Défense Nationale. Dans un texte au lyrisme flamboyant, Victor Hugo appelle le Pays à la résistance. « Que toutes les communes se lèvent ! Que toutes les campagnes prennent feu ! Que toutes les forêts s’emplissent de voix tonnantes ! Tocsin ! Tocsin ! Que de chaque maison il sorte un soldat ; que le faubourg devienne régiment ; que la ville se fasse armée. »

Mais déjà, les Prussiens sont aux portes de Paris et le 17 septembre, ils encerclent la ville.

Afin de nourrir les hommes qui assiègent la capitale, les Prussiens poursuivent leurs conquêtes. Seul obstacle barrant la route de Paris à Rouen, la vallée de l’Andelle est choisi comme ligne de défense. De Romilly à Vascœuil, une armée de 17 000 hommes s’installe sur les bords de l’Andelle et dans la forêt de Lyons pendant que les Prussiens mènent de nombreux raids depuis Gisros. Constituée de troupes régulières, de bataillons de gardes mobiles et de francs-tireurs, cette Armée de l’Andelle est en bien piteux état. Appolonie de Valon, châtelaine de Rosay témoigne : « Vous imaginez-vous cette belle forêt de Lyons, pleine de francs-tireurs et de mobiles, fermes et villages regorgeant de tous ces hommes qui grelottent, manquant d’habillement, de chaussures, de tentes, de tout enfin ! (…) Et voilà comment on est, en présence depuis un mois de 3000 Prussiens, qui de Gisors promènent de droite à gauche, pillent, incendient les fermes, bombardent les villages, fusillent à tort et à travers. »

A Charleval sont stationné 500 Gardes Mobiles des Hautes Pyrénées. Les ouvriers des manufactures sont au chômage depuis le début de la guerre et ne sont plus payés. Le Conseil Municipal choisit de contracter un emprunt de 10 000 francs et fait exécuter des travaux publics pour assurer le pain aux ouvriers.

Le 14 octobre, les Allemands lancent une attaque pour tester les défenses françaises. 300 Uhlans (Cavaliers de l’armée prussienne de sinistre réputation) accompagnés de 100 fantassins progressent vers Écouis et encerclent une avant-garde française à la ferme de Brémule. Débordés par une force de secours venue de Grainville et de Charleval, les Prussiens sont obligés de s’enfuir.

Le 25 novembre, une dernière contre-offensive française est lancée d’Écouis, afin d’aider à lever le siège de Paris. Les Prussiens appelés sous les murs de paris ont été remplacés par des Saxons. Pris par surprise à Etrepagny, ils résistent au Thil et aux Thilliers, faisant échouer l’attaque française.

Mais la fin approche et contournant les défenses de l’Armée de l’Andelle, les Allemands se dirigent vers Rouen. Craignant d’être encerclés, les Français sont contraints d’abandonner leurs positions et se replient vers le Cotentin. On estime à 30 000 hommes le corps d’armée du général Von Goeben qui traverse les 5, 6 et 7 décembre les cantons de Lyons et de Fleury.

Le 5 décembre 1870, 5000 soldats prussiens, précédés d’une vingtaine de Uhlans entrent dans Charleval. Ils réclament le Maire et se font remettre toutes les armes du village, puis, après avoir mis en lambeaux les drapeaux, ils se répandent dans les rues et commencent le pillage. Edmond Peynaud témoigne : « Alors, cette foule d’hommes armés s’est en instant répandue chez les habitants fouillant à la recherche d’armes, sans oublier de prendre l’argent et les bijoux qui par malheur avaient été oubliés d’être bien caché par leur propriétaire. (…) A la suite de leurs recherches dans les maisons, ils étaient certains et savaient ou était en réserve les aliments de la population, notamment le vin et l’eau de vie. (…) Pour donner plus de publicité à leurs déprédations, il a été état de la dévastation, de sorte que la postérité pourra se rendre compte des désastres de la guerre.» Le pillage durera une journée entière, les Prussiens s’intéressant principalement au linge de corps et de maison ainsi qu’à l’alcool.

Tout l’hiver, des Allemands restent en cantonnement dans la commune et réquisitionnent logements, nourriture et fourrage pour les bêtes. Les manufactures sont toujours fermées et les ouvriers sont au chômage, laissant les habitants dans la misère et dans la faim. L’hiver 1870-1871 est particulièrement froid. En janvier, la seine est gelée et les chariots à bœufs peuvent passer sur le fleuve. Dans ces conditions, les épidémies se répandent rapidement sur une population affaiblie.

Le 28 janvier 1871, le gouvernement provisoire de la République présidé par Adolphe Thiers signe un traité d’armistice avec le tout jeune Empire Allemand, qui vient d’être proclamé 10 jours plus tôt. Mais la paix n’est pas signée car les Allemands y posent des conditions draconiennes. A Paris, le peuple révolté par les conditions de paix prend les armes contre le gouvernement lors de la Révolution de la Commune. Thiers, aidé par les Allemands, regroupe les armées restantes et les envoie combattre les insurgés parisiens. Le 10 mai, il signe le traité de paix à Francfort et le 28, il écrase les derniers restes de la Commune. La guerre est enfin terminée.

De cette guerre, la France sort ruinée, divisée et humiliée. Privée de l’Alsace-Lorraine, elle nourrira une soif de revanche qui ne sera assouvie qu’avec le déclenchement de la Première Guerre Mondiale. En lui, ce conflit qui devait être court et victorieux, porte les germes des deux guerres mondiales du 20ème siècle.

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